Scrum Day 2012, une mêlée organisée autour de l’agilité

Le Scrum Day est l’événement annuel organisé par le French Scrum User Group (FSUG), association la plus active de la communauté Scrum en France. Il y est question de la méthode Scrum bien sûr, mais pas seulement : tout ce qui touche à l’agilité dans nos projets et nos entreprises y est présenté. C’est une nouvelle occasion de réunir les personnes intéressées et les spécialistes sur le sujet afin d’échanger dans un cadre conviviale.

Pour cette nouvelle édition française, quelques 500 participants se sont rassemblés le 27 mars, au centre de congrès CAP15, à deux pas de la tour Eiffel. Cette journée fut un savant mélange de keynotes, conférences, ateliers et ligthning talks  répartis de 8h30 à 18h45. Il fallait être agile pour sauter de conférence en atelier et gagner sa place vu le succès de certains tracks …

Un événement bien ficelé

Le jour J, un beau soleil de printemps donne l’énergie nécessaire pour amorcer une journée qui s’annonce des plus passionnantes. Arrivé au CAP15 à 8h40, une file d’attente conséquente empiète déjà sur le trottoir du centre de congrès. Le service d’accueil est efficace et un quart d’heure suffit pour récupérer un badge nominatif et le programme détaillé. Il nous reste juste le temps de profiter du petit déjeuner avant de prendre place dans un immense open space, ou a lieu le discours d’ouverture du président du FSUG et des sponsors de l’événement.

Ce même espace sera splitté en plusieurs salles cloisonnées qui accueilleront par la suite des sessions de 30 à 60 minutes pour les conférences et de 1h à 2h30 pour les ateliers. Ces sessions seront entrecoupées d’une pause d’un quart d’heure et d’un cocktail déjeunatoire de 1h15 (en parallèle des lightinng talks de 10 min).

Une cadence soutenue, vous en conviendrez ! Nous avons donc fait des choix parmis les sujets intéressants abordés.

« The future of work is about being more human »

Cette keynote de bienvenue, présentée par  Maarten Volders, nous propose une réflexion sur le besoin de créativité dans les entreprises innovantes et fait l’éloge des innovation games comme outils favorisant l’inventivité, la dynamique de groupe, la focalisation des esprits sur le produit grâce à des ateliers ludiques, animés sous forme de jeux,  outrepassant les règles habituelles du brainstorming.

Le mot est lancé ! Pour Maarten Volders, le futur c’est le Gamestorming, à l’instar des populaires XP games et planning poker du monde agile.

Sur la forme, il faut noter un support de présentation épuré avec très peu de textes, et des dessins qui semblent avoir été fait à main levée. Nous avons trouvé cela très efficace !

Cependant, force est de constater que les innovation games ne sont pas encore très répandus, vu le nombre de personnes ayant levé la main quand l’orateur demanda qui, dans l’auditoire, en avait déjà entendu parlé :  « seulement » 1/4 des présents.

Pour en savoir plus :

– Gamestorming : A Playbook for Innovators, Rulebreakers, and Changemakers

– Innovation Games : Creating Breakthrough Products Through Collaborative Play

TDD/BDD: ou comment j’ai appris à ne plus m’en faire avec les tests (et la doc)

Pendant cette conférence, Guillaume Saint Etienne, développeur aguerri, rappelle les principes du développement dirigé par les tests et son avantage : mieux vaut prévenir que guérir. Il précise qu’au final on obtient 40 à 90% de code défectueux en moins pour un surcout de 15 à 35% en début de projet !

Mais les applications d’aujourd’hui sont découpées en composants, couches et services. Et pour répondre à la problématique des tests sur ces architectures complexes, Guillaume Saint Etienne introduit le concept de BDD (Behaviour Driven Developpement) à mi-chemin entre l’ATDD (Acceptance testing driven development) et le TDD (Test Driven Development).

Alors que les tests d’acceptation se réduisent souvent à des tests d’IHM (automatisés ou non), le BDD consiste à décrire et vérifier le comportement attendu d’une partie de code, en langage agnostique compréhensible par tout un chacun (sous forme de spécification) et dans la logique du TDD :

– Principe du test first : on commence par écrire un test qui échoue, formalisant le comportement attendu. Puis on écrit le code  avant de réexécuter le test.

– Principe d’isolation : isoler et simplifier le code afin de tester une chose à la fois.

la présentation est agrémentée d’exemples en .Net à l’attention des initiés. Tout d’abord, du test unitaire classique au format AAA (Arrange, Act, Assert) puis en forme agnostique GWT (Given When Then) avec l’outil specFlow.

Le BDD pousse à penser l’architecture en termes fonctionnels et le test écrit sous forme de spécifications (description de la fonctionnalité et ses différents scénarios) devient, s’il est bien explicité, une documentation détaillée.

Attention , cependant, il n’y a pas de magie derrière le BDD. Le développeur à tout de même un peu de code (réutilisable) à écrire pour que les tests soit interprétés et exécutables.

Joli tableau

Cet atelier animé par Alexandre Boutin, un spécialiste français des jeux agiles, nous démontre la difficulté des équipes agiles à maintenir leur outil essentiel au quotidien : le task board

A travers un jeu scénarisé mettant en scène 3 équipes de 7/8 personnes, engagées sur 2 itérations,  Alexandre Boutin nous guide sur la création d’un task board efficace en confrontant le travail de chaque équipe lors d’une revue à chaque fin d’itération.

Chaque itération est marquée par l’avancée des tâches (à faire, en cours, à tester, bloquée, terminée) ainsi que par des impondérables classiques de type congés ou urgences. L’exigence étant de constituer un tableau d’avancement complet, mettent en évidence les priorités des stories et les éléments importants (qui fait quoi, blocages, etc…).

Voici le produit de notre équipe (loin d’être auto organisée) :

On constate que le tableau est rapidement saturé d’informations et il devient difficile d’y voir clair. De plus,  il faut porter une attention particulière aux codes couleur utilisés et au sens de lecture du board. De mon point de vue, l’abus de sticky notes en tout genre (formes et couleurs) est à proscrire !

15 jours pour concevoir le Release Plan de votre projet avec les Serious Games

Lors de cette session, Gilles Mergoil nous dévoile de manière pragmatique la mise en œuvre d’ateliers agiles pour mettre au point un plan de release en 15 jours. L’objectif étant de définir la vision produit, cibler les différents domaines d’activité et obtenir l’adhésion des principaux acteurs à l’estimation et au planning. Le processus est décrit étape par étape, retour d’expérience à l’appui

La première phase consiste à découvrir et explorer les fonctionnalités en 1 à 3  demi-journées. En cinq jeux, aidé des indispensables Post-It, le but est d’initialiser un backlog produit priorisé :

La deuxième phase à pour but d’estimer l’effort de chaque feature/story du backlog :

Dans la dernière phase, il s’agit de construire le plan de release : en fonction des éléments récoltés précédemment et en estimant une vélocité (un niveau de ressource réaliste), planifier les releases et les itérations et valider l’ensemble avec les décideurs.

Une conférence  assez intéressante, qui pourrait être pertinente sous forme d’atelier mais le timing de ce type d’évenement ne s’y prête pas.

Product Owner Proxy : dénature ou enrichit Scrum ?

Le rôle de proxy product owner (PPO) est finalement peu pratiqué mais il peu être intéressant pour favoriser l’adoption et la mise en place de Scrum dans une organisation. Frédéric Duffau, revient sur son expérience pour nous présenter l’intérêt de recourir à un PPO.

Tout d’abord, il rappelle les compétences et responsabilités du product owner (PO). A savoir, mettre à jour et prioriser le backlog, exprimer et faire partager la vision du produit et être le référent métier pour l’équipe de développement. Cela implique une très forte proximité avec l’équipe en participant aux différentes cérémonies, d’avoir une bonne maitrise du domaine fonctionnel et une capacité à décider ou à obtenir un consensus des décideurs.

Deux cas d’utilisation sont énoncés.

Premièrement, en soutien de Scrum. Dans un projet ou le PO n’est pas opérationnel (indisponible ou  1ère expérience agile), le PPO (un ancien Scrum master  ou développeur agile par exemple) pourra venir en soutien pour travailler la priorisation du backlog et sera l’interface privilégiée avec l’équipe de développement alors que le product owner sera en frontal avec les sponsors. Une fois que le PPO aura pris ses marques et maitrisé la vision produit, il prendra son rôle en totalité. Dans ce contexte, il s’agira d’un processus de transition pour accompagner le product owner dans sa mission.

Deuxièmement, en renfort de Scrum et plus particulièrement dans le cas d’une équipe multi-projets ou d’un projet multi-équipes.  Le PPO sera le coordinateur/facilitateur entre les différents PO dont les points de vue en terme de priorité sont fortement dépendant du métier auquel ils sont respectivement rattachés. Le but, est d’avoir un backlog consistant (clair et priorisé) pour l’équipe de développement et éviter que les conflits d’intérêt viennent perturber les développements. Dans cette configuration, les PO tendent à être des représentants d’utilisateur/sponsor.

Au final, cette présentation fut courte mais intéressante, notamment pour ceux qui sont confrontés à ces problématiques organisationnelles.

Leadership des Talents – Rythme Durable et Performance

En guise de keynote de clôture, Ralph Hippolyte, Philippe Houssin et Patrice Petit font un rapprochement entre les performances individuelles et collectives des athlètes de haut niveau, bien connues de Ralph Hippolyte (coach sportif), et celles des équipes agiles. Ils mettent en exergue la nécessité d’une phase de repos après un effort intense ou difficile. Phase pendant laquelle, l’équipe regagne sa motivation, capitalise et récupère de l’énergie.  Par analogie, il est souvent rappelé, dans le culturisme, que le muscle croît lorsqu’il est au repos, après l’effort et non pendant.

Par ailleurs, Philippe Houssin insiste sur la nécessité d’installer un rythme tenable et durable pour maintenir le niveau de performance des équipes. Il parle en connaissance de cause en évoquant son burn-out en 2003.  Dans un contexte identique, les individus réagissent et perçoivent différemment. L’idée est de combiner les différents profils pour atteindre la performance globale. Pour l’anecdote, Ralph Hippolyte évoque le cas de deux pongistes en finale olympique, s’entrainant ensemble depuis longtemps mais de style de jeu très différents.

De nombreuses expériences, sur des volontaires tirés du public viennent étayer les propos. Pour la gestion du stress, une personne est invitée à travailler sa respiration pour baisser et réguler sa fréquence cardiaque, un logiciel spécifique affichant son électrocardiogramme en directe.

Bilan d’une journée dense.

Finalement on démarre ce genre de colloques, avec beaucoup de curiosité et d’interrogations. On en ressort souvent avec des débuts de réponse et de nouvelles perspectives.

Beaucoup de sessions ont abordé, de près ou de loin, les innovation games et cette « récente » façon d’animer et de faciliter semble être une des grandes tendances des agilistes aujourd’hui.

Sur le contenu, la journée a dépassé largement le cadre de scrum et tant mieux. Avec des sessions accessibles aux non-initiés et d’autres plus détaillés sur des sujets clés comme le TDD/BDD, ou la construction d’un plan de release.

Sur la forme, on a pu compter sur le talent de bon nombre de figures de la communauté agile française mais également sur des présentations fun et ludiques, caractéristiques du milieu. La plupart des présentations sont disponibles sur le site web du scrum day.

Pour finir, l’accueil a été très correct pour un événement de cette taille malgré quelques difficultés sans importances : changement de salle de dernière minute, file d’attente aux buffets chauds … (mais les brochettes cuites en live étaient bien bonnes).

De notre point de vue, le Scrum Day a atteint son objectif.

Rendez-vous à ne pas manquer !

La communauté s’agrandit chaque année, des événements pendant lesquelles on parle d’agilité ou de développement logiciel s’organisent toute l’année.

En dehors des déjeuners, diners et réunions animés par des groupes localisés, voici selon nous les rendez-vous Français à ne pas louper :

– Devoxx France, conférence des développeurs Java, du 18 au 20 avril à Paris

– Agile Games France, évènement dédié aux jeux agiles, les 11 et 12 mai à Nantes

– Agile France, évènement annuel sur l’agilité, les 24 et 25 mai à Paris

– Université du SI (USI), conférence annuel des techniciens et managers IT, les 25 et 26 juin à Paris

– Agile Tour, plusieurs étapes en france sur les méthodes agiles, dates non déterminées

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